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Chorales en entreprises : Solange Rilos-Letourneur veut ouvrir le chant des possibles


Et si l'on chantait ensemble au boulot ? C'est le pari de la Versaillaise Solange Rilos-Letourneur qui veut intégrer le chant et la musique dans la notion de bien-être au travail.

Elle est de ces personnalités qui ne laissent pas indifférent. Une passion chevillée au corps, de l’énergie à déplacer les montagnes, mille idées à la seconde, une volonté de fer… A 47 ans, Solange Rilos-Letourneur a opéré un nouveau virage dans son parcours personnel et professionnel en créant OME pour Organisation Musique Entreprise après une vingtaine d’années dans les ressources humaines.

La musique ? Moins de 3% de la population active !

Une association qui veut replacer la musique et le chant au cœur de la vie des entreprises et inscrire cette démarche dans le cadre générique du bien-être au travail. Une approche précurseur pour ne pas dire révolutionnaire au regard de nos pratiques hexagonales et surtout de l’incroyable faiblesse de la pratique de la musique dans notre société.

Il faut savoir que moins de 3% de la population active française pratique, alors que, dans d’autres pays comme les USA, les états scandinaves, nous sommes à deux chiffres ! » relève Solange Rilos-Letourneur.

L’engouement suscité dépasse ce qu’elle imaginait. Les télévisions s’intéressent à son projet, les demandes des entreprises se succèdent.

Solange Rilos-Letourneur a la musique inscrite dans son ADN, c’est sa raison de vivre. Euroise, elle pratique le violon depuis l’âge de 5 ans et se souvient encore des enseignements du directeur de l’école de musique qui a fait partie de ces mentors qui ont marqué sa vie à l’image aussi de ses professeurs de français dont Philippe Delerm. Des enseignants qui ont joué un rôle de catalyseur chez cette boulimique de connaissances.

Bac C en poche, elle a envie de liberté, part pour la fac de musicologie à Rouen et, au niveau de la licence, s’inscrit également en droit à Caen où elle décroche un DESS de droit des affaires puis un diplôme à l’IAE (Institut de l’administration des entreprises).

A 20 ans, elle travaille comme maître auxiliaire de musique. Au lycée de Pont-Audemer elle se lance son premier défi comme elle l’explique :

Je voulais monter un spectacle, faire venir sur scène tous les élèves. Pour trouver des fonds je suis allée voir les commerçants, j’ai vendu des pains au chocolat toute l’année. Les profs n’étaient pas très chauds mais le proviseur m’a suivie ».

Le soir même du spectacle, la pression retombée, c’est une révélation pour elle, « de voir ces parents, ces élèves qui avaient passé les obstacles, qui s’étaient dépassés. C’était un véritable déclic physique, je voulais mettre sur pied des projets ! »

Elle contacte le festival A Caen la paix qui en était à ses débuts et fait la rencontre de la chorégraphe Karine Saporta mais également du compositeur Mickaël Nyman.

« Une année folle, je me retrouve administratrice de la troupe de la première danseuse, j’étais complètement dans le cœur de ce que je voulais faire, la gestion de projets, le droit, les arts, la musique ! »

Elle se voit, pour la suite de sa carrière, directrice de centre culturel, de Scène nationale. Une rencontre la fait opter pour un tout autre univers, celui du droit social, de la gestion des coûts du travail en entreprise. Elle se forme comme elle en a l’habitude, comme un sportif de haut niveau et, au bout de trois mois elle donne des cours à des personnes ayant plus de vingt ans de carrière.

Vingt ans de droit social et…

Durant vingt ans, à 200%, payée sur les résultats, elle va mettre en musique le droit du travail, le mathématiser, détecter des talents, rencontrer les grands décideurs, affirmer une expertise inédite dans son domaine.

Ce qui la propulse en 2007 à la tête du Syndicat des professionnels en optimisation des coûts, sans qu’elle ait postulé ! Seule femme dans ce métier, elle se place à la tête d’une commission d’éthique, « je voulais de la justesse, de la justice, donner des lettres de noblesse à cette profession ».

Comme elle ne se sent pas dans son élément, elle donne sa démission deux ans après. Repart dans son cabinet avec soixante collaborateurs et des investisseurs qui tentent de la suivre lorsqu’elle pose ses exigences : « J’ai des enfants, cinq, c’était à prendre ou à laisser ! » Autant dire que dans un monde encore très codifié et figé, les pauses allaitement en plein conseil d’administration faisaient parfois tousser.

Jusqu’à la rupture où elle rachète les parts de ses associés et reprend sa liberté, une nouvelle fois !

« Tu retourneras à la musique »

Trop indépendante, trop anglo-saxonne dans son approche entrepreneuriale… ça passe ou ça casse. Elle se souvient d’une phrase qu’on lui avait sortie à ses débuts « Tu retourneras à la musique ».

Un break en forêt avec son cheval lui procure un autre déclic. La musique, le chant, doivent intégrer les entreprises, « mais on n’y arrivera que s’il y a des incitations à l’image de ce qui existe pour le sport en entreprise ».

Lorsqu’une entreprise économise des millions d’euros en charges sociales, quel usage en est fait ensuite ? La COP 21 et la COP 22 ont prévu des taxations sur les notions de responsabilité sociétale. Mais est-ce que l’on donne aux salariés la possibilité de s’exprimer, est-ce qu’on essaie de développer la créativité, est-ce qu’on leur permet d’apporter des choses au-delà de ce qu’on leur demande dans le cadre de leur mission ? Autant de questions soulevées par son approche.

Chaque foyer aura son ordinateur portable lançait Steve Jobs, chaque foyer doit avoir son instrument de musique » estime Solange Rilos-Letourneur. Pour aller au bout de sa démarche, elle liquide sa propre société, ne garde que ses meilleurs clients et active l’OME en 2016.

Son nouveau défi, sa nouvelle partition, avec la conviction que quelque chose de puissant est en train de se créer, une lame de fond dont elle ressent les prémices. Face aux premières chorales en entreprise elle n’hésite pas à parler « d’instants magiques, la musique joue le rôle d’un phare dans la mémoire et certains salariés sont submergés par l’émotion. »

Son dernier projet l’a amenée dans le Cantal, à Aurillac, où elle a proposé de mettre en avant les chants auvergnats, le résultat a dépassé ses espérances ! En septembre elle veut rassembler à la Défense à Paris des milliers de choristes, un défi de plus.

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